Le marché des domaines est rempli d’uti­li­sa­teurs occupant les adresses les plus pro­met­teuses à titre préventif. Si ces adresses con­tien­nent des termes protégés par le droit des marques, il peut alors y avoir in­frac­tion à la loi. Dans le jargon du Web, cette pratique com­mer­ciale gé­né­ra­le­ment illégale est désignée par l’ex­pres­sion cy­bers­quat­tage.

Cy­bers­quat­tage : sig­ni­fi­ca­tion et variantes

Alors que les voleurs de noms de domaine ciblent les termes non protégés, les cy­bers­quat­teurs visent quant à eux les marques déposées et les noms propres. L’objectif est d’en­re­gis­trer des termes protégés par le droit des marques comme partie du nom de domaine afin de les revendre plus cher aux vé­ri­tables pro­prié­taires.

Selon le type de pro­tec­tion du signe dis­tinc­tif des termes occupés, le cy­ber­quat­tage est également appelé brand­ja­cking (dé­tour­ne­ment de marque) ou na­me­ja­cking (dé­tour­ne­ment de nom »). Lorsque les en­re­gis­tre­ments de domaines contestés con­tien­nent le nom ou une partie du nom de musiciens, de per­son­na­li­tés sportives, de stars du petit écran ou d’autres cé­lé­bri­tés, il s’agit des deux pratiques à la fois.

Afin d’exercer une pression sur les pro­prié­taires des droits légitimes, les domaines ainsi squattés sont parfois exploités de manière à leur nuire : par exemple par des contenus qui donnent une mauvaise image de la personne ou de l’en­tre­prise concernée.

Une variante par­ti­cu­lière du cy­bers­quat­tage est le ty­pos­quat­ting, qui consiste à inclure in­ten­tion­nel­le­ment des fautes de frappe dans le but d’attirer des visiteurs.

Conseil

Le cy­bers­quat­tage est souvent associé au concept de dé­tour­ne­ment de noms de domaine, également connu sous le nom de do­main­grab­bing. Ce dernier implique l’en­re­gis­tre­ment de noms de domaine non pas pour un usage personnel, mais dans le but de les revendre ul­té­rieu­re­ment avec profit. Gé­né­ra­le­ment, les personnes qui pra­ti­quent le dé­tour­ne­ment de noms de domaine évitent d’utiliser des noms de produits ou de services spé­ci­fiques, afin d’éviter tout litige avec les dé­ten­teurs légitimes de ces droits. Une variante de cette pratique est le « snapping de domaines », qui consiste à racheter ra­pi­de­ment des domaines expirés, c’est-à-dire des domaines dont l’ex­pi­ra­tion est imminente. Con­trai­re­ment au cy­bers­quat­tage, le dé­tour­ne­ment de noms de domaine ne viole gé­né­ra­le­ment pas le droit des marques.

La pro­tec­tion du nom de domaine en France

Il s’agit d’un champ encore re­la­ti­ve­ment obscur, car il n’existe pas de pro­tec­tion juridique spé­ci­fique au nom de domaine en France. En ce qui concerne les noms de domaine, la pro­tec­tion est en effet soumise à l’ex­ploi­ta­tion. Ceci signifie que le pro­prié­taire d’un nom de domaine non exploité ne peut pas entamer de pour­suites si un tiers exploite un nom de domaine similaire (par exemple si seule l’extension est modifiée).

La meilleure pro­tec­tion qui existe à l’heure actuelle consiste à en­re­gis­trer son nom de domaine (même inex­ploité) sous la forme d’un dépôt de marque auprès de l’INPI (Institut national de la propriété in­dus­trielle). Cette démarche permet en effet d’éviter à un con­cur­rent de déposer ul­té­rieu­re­ment une marque similaire. Toutefois, un nom de domaine est différent de la marque car il ne dépend pas de la propriété in­dus­trielle. Il est également différent de la dé­no­mi­na­tion sociale car il « n’identifie pas né­ces­sai­re­ment la société ou le fonds de commerce qui lui est attaché » selon l’INPI.

Si aucun texte ne définit encore clai­re­ment le statut du nom de domaine, il existe de plus en plus de cas de ju­ris­pru­dence où les tribunaux re­con­nais­sent l’an­té­rio­rité de l’en­re­gis­tre­ment d’un nom de domaine et son uti­li­sa­tion effective comme con­di­tions suf­fi­santes pour faire annuler un dépôt ultérieur d’une marque similaire. En attendant la pu­bli­ca­tion d’un texte spé­ci­fique sur la pro­tec­tion du nom de domaine, il est donc toujours conseillé de l’en­re­gis­trer en tant que marque, par mesure de pré­ven­tion.

Le droit du nom de domaine aux États-Unis

L’An­ti­cy­bers­quat­ting Consumer Pro­tec­tion Act (ACPA) a été créé aux États-Unis pour régler les dif­fé­rends con­cer­nant les noms de domaine. Également connue sous le nom de Truth in Domain Names Act, il s’agit d’une extension de la loi Lanham, qui encadre le droit des marques au niveau fédéral. Entrée en vigueur en 1999, elle a été conçue pour protéger les uti­li­sa­teurs des con­tre­fa­çons.

L’ACPA est par­ti­cu­liè­re­ment adaptée au cy­bers­quat­tage. Pour invoquer cette loi, le plaignant doit être le détenteur de la marque, et pouvoir prouver que l’accuser profite il­li­ci­te­ment de sa marque comme nom de domaine. La marque et le nom de domaine doivent être iden­tiques ou si­mi­laires pour que le cas ait une chance d’aboutir.

À partir de quand l’uti­li­sa­tion d’un nom de marque devient réel­le­ment pro­blé­ma­tique ? Par le passé, on dé­fi­nis­sait un abus lorsqu’un domaine était en­re­gis­tré pour tirer profit d’un nom de marque à ses propres fins, ou lorsqu’un domaine était acheté pour être revendu au détenteur de la marque. De plus, fournir des in­for­ma­tions erronées lors de l’en­re­gis­tre­ment est considéré comme une mal­ver­sa­tion. Si certains pays proposent de supprimer ou de trans­fé­rer un domaine dans ce type de cas, l’ACPA est bien plus stricte : on a notamment vu des demandes de dommages et intérêts de plus de 100 000 US dollars.

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